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Rubrique Lire

Lecture au cycle 2 : intervention de M. Houchot - Avallon 30 mars 2006

Le 30 avril 2006
Le 30 mars 2006, M. Houchot, Inspecteur Général a réuni l’ensemble des formateurs des départements de l’Yonne et de la Côte d’Or afin de répondre aux questions concernant l’apprentissage de la lecture au cycle 2, questions suscitées par la circulaire du 3 janvier 2006. Il a principalement redéfini le cadre dans lequel pouvait s’exercer « la liberté pédagogique ». En voici les principaux éléments.

1) Pas de changement de perspective

Le but de la lecture n’est pas l’apprentissage d’un code mais bien de comprendre. La circulaire s’inscrit dans la continuité des programmes de 2002 et des plans de prévention de l’illettrisme.

Les données dont nous disposons montrent que beaucoup trop d’élèves (5 % d’illettrés, 10 % de lecteurs médiocres) ne parviennent pas à apprendre à lire au terme d’une scolarisation qui ne fait que s’allonger. On doit à ce titre se poser quelques questions essentielles :

Quelles démarches ?
Quels supports ?
Quels outils proposer pour parvenir à de meilleurs résultats ?

2) S’appuyer sur la connaissance

« L’exercice de la pédagogie n’est pas une science, mais il doit reposer sur des connaissances scientifiques »
J.M. Monteil, Directeur de l’Enseignement supérieur.

Pour Stanislas Dehaene (membre de l’Académie des sciences, professeur au Collège de France), lire consite à reconnaître globalement les mots tout en analysant chacune des lettres.

Il y a donc un aller et retour constant entre le global, la lettre, la synthèse.

Ainsi, pour lire, il y a à la fois une démarche analytique – partir du mot pour aller aux lettres – et une démarche synthétique – partir des lettres pour aller au mot.

L’apprentissage de la lecture va consister dans l’étayage de ces deux démarches ; la méthode qui « interdirait » l’une d’elles ne serait pas pertinente.

D’autres chercheurs sont venus conforter et compléter cette position.

Pour José Morais (membre de l’Observatoire national de la lecture, professeur à l’Université libre de Bruxelles), lire c’est reconnaître des mots à l’écrit que l’on connait à l’oral. Ces deux activités étant concomitantes, la difficulté, pour les enfants qui apprennent à lire, sera de reconnaître le mot et d’en trouver le sens. Afin de leur faciliter la tâche, il est donc important de travailler ces 2 compétences séparément :

  • soit on travaille sur le code, (à partir de mots appartenant au registre lexical des enfants d’où l’importance fondamentale des compétences langagières à développer en maternelle) ;
  • soit on travaille sur le sens.

Pour Jean-Émile Gombert (département de psychologie, Université de Rennes 2), il faut faire le lien entre déchiffrer et comprendre, mais aussi entre entendre et voir. Ce lien ne se fait pas au niveau du phonème, mais au niveau de la syllabe, unité linguistique à laquelle sont sensibles les enfants.

Être capable de segmenter le mot à l’oral est une compétence indispensable à la lecture. En maternelle, il semblerait ainsi plus judicieux de travailler sur la syllabe que sur la lettre ou le phonème. Il n’y aurait donc pas d’obligation d’apprentissage systématique de l’alphabet ou des correspondances grapho-phonologique jugé contre-productif.

De même, au CP, aborder trop rapidement les différentes graphies d’un phonème risquerait de déstabiliser certains élèves : il serait important de s’appuyer, au départ, sur les régularités orthographiques.

3) Quelles implications pédagogiques au niveau des supports de lecture ?

- Le support doit s’appuyer sur des démarches analytiques et synthétiques mises en œuvre dès le début de l’apprentissage.
- Il doit permettre d’appréhender un monde lexical connu.
- Les textes proposés doivent avoir du sens mais il convient de différencier :
- ceux qui sont utilisés pour apprendre à lire ;
- ceux qui sont utilisés pour le « plaisir de lire » et qui constituent la culture commune (la littérature de jeunesse).

4) En conclusion

Il s’agit d’un apprentissage de cycle dont le CP est la classe charnière.

- L’entrée par le code doit se faire dès le début de l’année scolaire à savoir, dès la deuxième semaine.
- Elle passe par un va-et-vient permanent entre l’analyse et la synthèse des mots.
- Le point d’appui est la syllabe qui permet d’accéder progressivement au phonème.
- L’apprentissage n’aura de sens que si on s’appuie sur la compréhension.
- Les albums de littérature de jeunesse doivent être différenciés des supports d’apprentissage.